Copenhague-les-Bains

13 janvier 2015 à 18:20

Pour son premier « Hors les murs », dédié aux séries danoises, Série Series a décidé de nous offrir une variété de tons fort appréciables. Alors que la plupart des séries scandinaves nous parvenant sont plutôt des séries criminelles sombres ou des dramas sérieux, ces deux journées au Danemark nous auront proposé aussi bien un drama familial avec Dicte qu’une série fantastique adolescente avec Heartless, en passant par une grosse production historique avec 1864 ou des dramédies comme Rita ou Bankerot. Toutes sortes de séries que j’ai déjà évoquées par le passé, et je vous invite à aller chatouiller les tags pour plus de lecture.
Ce matin, c’était au tour de la série historique Badehotellet de nous être présentée ; son ton, clairement orienté vers la légèreté et l’humour, comme son image, sont à l’opposé du cliché de la fiction scandinave telle qu’elle se perçoit et se vend actuellement. Je m’apprête donc à vous parler de son pilote, projeté en présence d’une créatrice et d’un producteur de la série.

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Sur le papier, le pitch de la série fleure bon le Downton Abbey et l’Upstairs, Downstairs : en 1928, il n’existait pas encore de congés payés, et les seules personnes à partir en vacances étaient donc les riches. Badehotellet nous emmène dans un gîte comme il en existait à l’époque, en bord de mer, et où plusieurs familles aisées se retrouvent invariablement chaque été. On est dans l’entre soi le plus total (surtout qu’ici, la propriété est complètement isolée), on se connaît, on se voit tous les ans. Évidemment, ce n’est pas les vacances pour tout le monde : le personnel de l’Andersens Badehotel n’a pas une minute pour souffler lorsque commence l’été. Tenu par un couple Andersen, et doté de 4 femmes de chambre, l’établissement doit faire face à deux défis : d’abord, évidemment, veiller au bien-être de chaque client, mais aussi voire surtout, s’assurer que rien ne vient perturber la routine estivale de ses occupants, fort peu ouverts aux changements. Mais quand on pense que tout va bien dans le meilleur des mondes, qui a envie de changement ?
Et malgré cela, les choses changent, bien-sûr, encore imperceptiblement, et Badehotellet nous en avertit clairement alors que Julius Andersen annonce fièrement aux estivaliers l’installation récente de l’électricité dans la villa, c’est-à-dire environ au moment où ils posent le pied hors de leur voiture. Ses invités lui feront remarquer qu’ils préféraient la bougie, évidemment.
Un séjour à l’Andersens Badehotel est, pour sa riche clientèle, une façon de figer le temps, de répéter été après été les mêmes gestes, les mêmes occupations, les mêmes repas aussi d’ailleurs ; et si cela fait le désespoir de la jeune Amanda, seule adolescente en vacances dans la résidence, c’est pourtant bien le but recherché. Recréer, encore et toujours, les mêmes souvenirs. Mais quand on a de l’argent et les pieds dans l’eau, qui se soucie des paradoxes…

Le but de Badehotellet est pourtant bien d’amorcer une transition, comme nous l’annoncent Hanna Lundblad et Michael Bille Frandsen, la scénariste et le producteur de la série qui avaient pu faire le déplacement aujourd’hui. D’ores et déjà planifiée sur 5 saisons, la série a pour ambition première de raconter 5 étés danois, entre 1928 qui semble être une période douce de l’entre-deux guerres, et 1933, l’horizon auquel se profilent deux évènements contradictoires puisque, nous raconte Hanna Lundblad, l’un étant la signature d’un traité étant à l’origine de la démocratie danoise… l’autre étant l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Dans le pilote de Badehotellet, on n’en est pas encore là, et il n’y a en apparence aucun nuage dans le ciel bleu des étés intemporels. Il y a juste, dans les conversations, l’un des invités qui parle de crise, mais il est traité (aussi bien par les autres personnages que par la série elle-même) comme un grincheux pessimiste.
De toute façon, l’heure est plutôt à la plaisanterie. Ce premier épisode de Badehotellet se caractérise avant tout par la légèreté de son ton : les dialogues, les musiques… tout est innocent. Sans aller jusqu’à créer des gags à proprement parler, l’épisode met en place une foule de petite scènes gentillement rigolotes, de petites absurdités, de petites querelles, de petits regards en coin, pour nous mettre à l’aise plutôt que de nous parler de choses sérieuses. Tout ce petit monde ou presque surjoue légèrement, aussi, et on nous dit que c’est voulu ; si bien qu’il est très difficile voire impossible de prendre Badehotellet au sérieux très longtemps. La série ne nous y encourage pas, au point que sa seule scène un peu dramatique semble en fait totalement déplacée !

Pour créer cette ambiance guillerette, la série se repose aussi énormément sur ses décors. Et, mon Dieu, il faut que je vous parle des décors ! La lumière y est omniprésente, à la fois parce que les intérieurs sont souvent auréolés d’un halo clair, mais aussi parce qu’on y fait un énorme effort sur les degrés d’intensité et la mise en relief des volumes. Dans absolument chaque plan, on ressent un rappel de la luminosité de la plage sur laquelle est perché l’hôtel, bien que cette lumière vivifiante se décline derrière toutes sortes de fenêtres à taille variable, de rideaux, ou même de volets.
Enlarge your… screencapture.

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Alors les bras m’en sont un peu tombés lorsqu’il nous a été révélés que la totalité de l’Andersens Badehotel avait été construite en studio, et que par voie de conséquence ces éclairages étaient artificiels ! Et quand je vous dis la totalité, je veux dire la TO.TA.LI.TE, c’est-à-dire que même les extérieurs, avec sa petite plage sur le devant (comme dans la première capture d’écran ci-dessous), sont en fait recréés en studio. C’est donc un gigantesque hôtel sur la plage qui roupille dans un entrepôt quelconque de Copenhague en attendant qu’en mai, l’équipe de la série revienne chaque année tourner des épisodes. Pour donner l’illusion de nature, il est fait recours aux effets spéciaux (on peut supposer de la limite entre l’un et l’autre dans la seconde et la troisième images ci-dessous).
Au final, la production de Badehotellet n’a recours à des tournages on location que pour une chose : les scènes au bord de l’eau, et dans ce cas évidemment la villa est hors-champs. Et franchement, les transitions sont fluides et sans défaut, créant un univers estival parfait.

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Tout ça pour la modique somme de 750 000€ par épisode, une broutille. Car Badehotellet, malgré ses décors sur mesure et ses éclairages divins, est en fait un peu moins chère à produire que, mettons, les séries Borgen ou Forbrydelsen.
Pour TV2 qui initialement, voulait que les scénaristes Hanna Lundblad et Stig Thorsboe créent une série, mais avait peur du coût d’une série historique (les choix de décors, c’est précisément pour leur faire économiser des sous), l’investissement en aura valu la peine. Dés les audiences du premier épisode, le feu vert a été donné pour une deuxième saison ; sa diffusion a commencé hier soir et désormais l’équipe planche déjà sur une troisième, tournée dés mai et à venir sur TV2 en janvier 2016 (c’est le rythme effréné de la série, qui explique aussi son nombre réduit d’épisodes).
Badehotellet est en bonne voie pour parvenir à son objectif de 5 saisons…

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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