Out of the closets and into the screens

17 mai 2017 à 19:30

Nos vies sont politiques (et ce n’est pas un gros mot). Mais dans un monde encore peu équitable, elles le sont pour certains d’entre nous plus que pour d’autres : c’est la raison pour laquelle certains s’engagent dans des associations, des mouvements militants, des partis politiques. Parce qu’aucun idéal ne survit sans actions.

A regarder la télévision, pourtant, on pourrait s’imaginer le contraire. La plupart des personnages de séries se caractérisent par leur manque d’opinions (beaucoup de protagonistes semblent n’avoir jamais ouvert un journal de toute leur vie), ce qui, d’un point de vue commercial, les rend plus faciles à vendre à un large public sans froisser qui que ce soit. Pendant longtemps, indiquer qu’un personnage souscrivait à la politique de tel ou tel parti était avant tout une façon de le présenter, voire de le résumer, mais ne changeait rien aux intrigues même les plus pauvres ; il ne s’agissait généralement pas d’accompagner sa réflexion politique. Même dans les séries dont le propos est politisé (parce que leur créateur n’est, en revanche, pas dépolitisé), rares restent les personnages à s’impliquer dans une communauté donnée, pour faire bouger les choses dans un sens ou dans l’autre. Au mieux, ces personnages discutent, restent dans l’abstrait, ou modulent leur propre existence pour qu’elle soit en accord avec leurs convictions. C’est bien tout. En somme, les héros de nos séries sont trop occupés avec leur propre nombril pour essayer de réfléchir à nos vies au sens large. Quant aux séries se déroulant en plein cœur du monde politique lui-même, on y trouve quelques uns des personnages les plus désabusés de la télévision, surtout à l’ère de l’anti-héros et de la série politique cynique.

Fort heureusement, il existe des exceptions (certains épisodes de The Carmichael Show ou Black-ish, par exemple, ont forcé leurs personnages à joindre l’acte à la parole). L’une d’entre elles est lancée aujourd’hui même sur les écrans français : Les Engagés, une websérie dont le long développement aboutit enfin, grâce à Studio4.

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Hicham est gay, mais personne de sa cité, pas même chez lui, ne le sait. Dans le secret de sa chambre d’adolescent, il n’a qu’un moyen d’exister pleinement : grâce à internet. C’est là qu’il peut regarder des videos pornographiques qui lui plaisent, mais aussi avoir accès à des choses plus larges, plus complexes, plus abstraites.
C’est en s’intéressant à un libraire et militant du nom de Thibaut Giaccherini qu’il découvre l’existence d’une association lyonnaise, le Point G, défendant les droits des personnes LGBT. En grande partie motivé par sa curiosité envers Thibaut, Hicham décide sur un coup de tête de tout lâcher et de partir pour Lyon.

A Lyon, la bataille fait rage entre le Point G et la mairie du 2e arrondissement. Au cœur de la discorde : la Gay Pride, dont le tracé est contesté par le maire de droite. Le Point G a organisé une manifestation pour défendre la tenue de cet événement important pour ses militants s’il en est.
…Une manifestation hélas peu suivie dans les faits, mais qui envenime la situation avec la mairie, en particulier le directeur de cabinet, Amaury Mercoeur, qui ne cache pas son point de vue homophobe sur la Gay Pride, mais aussi le mariage pour tous et l’homoparentalité (tant qu’il y est). Sans le faire exprès, Hicham va se retrouver pris entre Thibaut et Amaury, dans leur implication politique, dans leur vision du monde, dans leur conception de ce qu’est, n’est pas, et devrait être, le statut des homosexuels à Lyon, et par extension dans la société française.

Les Engagés, c’est donc l’histoire de gens qui non seulement ont des idéaux, mais font ce qu’ils peuvent pour qu’ils se concrétisent.
Evidemment, les convictions de chacun ne sont pas toutes compatibles, et c’est bien la raison pour laquelle l’engagement militant est un sujet si complexe, et donc nécessaire à détailler. Le premier épisode des Engagés commence à poser les bases de questions importantes sur la façon de se définir dans un débat de ce type ; pas tant celui de la place des personnes LGBT, bien-sûr, mais un débat sur la place des engagements politiques opposés.
Toutes sortes de préoccupations qui vont vite devenir celles de Hicham s’il souhaite pouvoir vivre en accord avec qui il est (Lyon lui en donne cette chance, mais va-t-il la saisir, et comment ?), auprès de celui qui le fascine, dans un mouvement qui correspond, ou pas, à ses propres idéaux. Au-delà de son identité, sa vie est politique, et Hicham devra décider comment s’engager.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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