PyLOTE

17 mai 2017 à 19:00

Et la bisexualité, quand est-ce qu’une série en fait son sujet central ? Eh bien, aujourd’hui je vous propose de parler du premier épisode d’une websérie belge francophone, La théorie du Y (adaptation de la pièce de théâtre du même nom), qui s’attelle précisément à la question.
Préciser qu’il s’agit d’une websérie doit s’accompagner d’une information d’importance : le premier épisode de La théorie du Y dure, tout mouillé, 7 minutes, ce qui en soi n’a rien de criminel du tout, je suis même la première à défendre qu’on peut faire d’excellentes choses en peu de temps. Mais cela implique, souvenez-vous, de mettre ses réflexes de côté et de rester conscient qu’un premier épisode de série courte feuilletonnante (websérie, série mobile…) n’en dit pas autant qu’un premier épisode d’un autre type de série. L’introduction, le travail d’exposition, la façon de poser les enjeux, sont propres à ces formats.

Je le précise parce que le premier épisode de La théorie du Y pourrait sembler tomber à côté de son sujet sans cet important rappel.
Anna n’en peut plus, de sa vie amoureuse ; son couple avec Matteo s’est enfermé dans la routine, et s’il a toutes les caractéristiques du parfait compagnon (il cuisine, il l’accompagne chaque semaine au déjeuner dominical chez ses parents à elle, il la soutient au quotidien…), le fait est que leur vie sexuelle est morne. Et encore, au mieux. Anna ne supporte tout simplement plus cette vie certes confortable mais dénuée de passion et d’énergie.

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Un jour, un dimanche, le dimanche de trop, elle essaie de l’inciter à faire quelque chose de différent ; devant le refus de Matteo de dévier du programme hebdomadaire, Anna finit par claquer la porte de la voiture, et se retrouve près d’un bar où elle entre un peu au hasard en attendant de contacter sa meilleure amie. C’est là que sa vie va changer. Mais n’était-ce pas, précisément, ce qu’espérait Anna : être surprise ?

Alors qu’elle semble passer une mauvaise journée, accoudée dans ce bar où elle ne parvient pas à joindre son amie et où elle ne connaît personne, Anna fait la connaissance de Malik, le barman, mais aussi de Claire, une cliente avec laquelle, plus tard dans la soirée, sous l’effet de l’alcool mais sûrement pas que, elle échange quelques baisers passionnés.

Au terme du premier épisode, La théorie du Y semble dire des choses très claires (sans jeu de mot aucun) sur ce qui anime son héroïne : Anna s’ennuie, donc ce qui se produit avec Claire est une sorte de lubie, une distraction, un coup de folie pour réveiller un peu sa vie amoureuse. Bref, cela ressemble à un cliché.

En fait, non. Mais pour le savoir, il faut glisser un œil aux épisodes suivants (toujours en cours de mise en ligne : il en reste 2 avant la fin de la saison de La théorie du Y). C’est intéressant de voir comment un pilote peut se mettre en danger de cette façon, en semblant aller à l’encontre de ce qu’il va détailler ensuite.
Il ne fait aucun doute, la websérie étant inspirée d’une pièce de théâtre elle-même inspirée d’une expérience personnelle, que sa créatrice Caroline Taillet sait d’emblée quelle est l’histoire d’Anna, dans toute sa complexité (et j’ai vérifié : elle est complexe, merveilleusement complexe d’ailleurs !). Mais les spectateurs, eux, sont d’abord nourris par un premier épisode reprenant un certain nombre d’idées reçues sur les choix amoureux de l’héroïne (et ses « choix » sexuels, ou en tous cas dans un premier temps présentés comme tels). Ce premier épisode, outre l’introduction sommaire de la situation qu’il constitue par définition, est avant tout un premier trait grossier ; le crayonné plus fin des détails se fera dans les épisodes suivants.

Il y a un pari osé derrière ce choix. Surtout lorsque l’on sait que c’est sur la base d’un seul pilote que la série avait été soumise au vote des internautes, avec plusieurs autres. C’est peut-être aussi la façon la plus futée qu’on ait trouvé d’accompagner le character development d’un personnage se posant des questions intimes : imposer au spectateur de partir de loin, et de faire du chemin également, à travers une présentation d’abord simpliste puis plus complexe des enjeux.
Mais c’est aussi dangereux pour qui (…comme moi) aurait tendance à s’arrêter à une première impression pour juger une série. Un tic que, avec plusieurs autres, il me faudra probablement remettre en question en abordant le premier épisode d’une série plus courte.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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