Mere piya…

28 octobre 2010 à 12:13

Il y a quelques temps, je faisais une news pour SeriesLive ; un acte aujourd’hui devenu en apparence anodin, je suppose. Ce n’était pourtant pas une news comme les autres puisqu’il s’agissait d’annoncer l’arrivée prochaine d’une série produite par Lorne Michaels (SNL), conçue par Fred Armisen (SNL) et où Kyle MacLachlan est amené à apparaitre régulièrement. A part à napper le tout de milkshake à la fraise, il n’y avait rien à ajouter, tout était dit pour attirer mon attention. On fera le bilan en 2011 si quelqu’un à la bonne idée de mettre la cagoule à disposition quelque part où je peux la trouver.
Ce jour-là, j’avais fait mes devoirs et découvert que la chaîne IFC n’en était pas à son coup d’essai, et qu’une mini-série du nom de Bollywood Hero avait vu le jour environ un an plus tôt. A la lecture du pitch, je m’étais dit qu’il faudrait y jeter un œil à l’occasion. Et puis j’étais retournée à ma trépidante série d’articles hebdomadaires.

Il y a quelques jours, je ne sais plus comment ni pourquoi, j’ai repensé à Bollywood Hero. Et si vous aviez l’impression que j’étais mal lunée cette semaine, et que j’avais été négative envers toutes les séries traitées, eh bien ça pourrait bien être la faute de Bollywood Hero dont le pilote est tout simplement mon coup de cœur du moment. Oui, une série avec Chris Kattan. On me l’aurait dit ya quelques semaines de ça, je ne l’aurais pas cru non plus, je vous rassure.

Voilà tout-à-fait le genre de série dont personne ne vous parle alors que c’est d’une part vraiment original, et d’autre part très, très sympa : dans Bollywood Hero, Chris Kattan (dans son propre rôle) sent bien que sa carrière tourne en rond, voire pire. Un ultime rôle débile et mineur dans une série cheap lui donne l’impulsion nécessaire à accepter la proposition d’un jeune réalisateur indien venu à Los Angeles afin de recruter une célébrité américaine pour son prochain film. Voilà Chris qui s’envole pour l’autre bout du monde, convaincu d’avoir décroché le rôle principal d’un long métrage qui va tout changer…

Le problème c’est que d’une part, Monty, le réalisateur, est un débutant, héritier d’un grand cinéaste indien qui n’a laissé que sa légende derrière lui, et d’autre part la productrice est la sœur de Monty, Priya, une femme au caractère bien trempé qui a vite compris que Chris Kattan (1m68, chétif, une tronche de traviole et essentiellement célèbre pour son personnage de Mango…) n’est pas exactement l’acteur dont on rêve pour un rôle d’enjeu masculin dans un film bollywoodien, où en plus il faut chanter et danser. Mais Chris s’accroche au projet. Alors qu’il était parti sur un coup de tête, il a envie de s’impliquer. Et le voilà en train d’essayer de devenir le rôle masculin dont tous les films bollywoodiens pourraient rêver. Pas gagné quand on a réussi à braquer la star féminine du film et que celle-ci refuse de tourner avec lui.

La partie qui se déroule à Los Angeles est assez classique pour une fiction se déroulant à Hollywood : Chris erre l’air malheureux dans les lieux typiques du gratin, accompagné de Maya Rudolph (elle aussi dans son propre rôle), et se confrontant à Keanu Reeves (jouant une version snob et orgueilleuse de lui-m… hm, dans son propre rôle aussi). La frustration monte de part et d’autre de l’écran parce qu’on sait très bien que l’essentiel du film n’est pas là, mais sans réel agacement, plus parce que la mise en place n’est pas très originale. On tolère néanmoins ces longueurs en découvrant Chris sous un jour très humain, parfois un peu colérique mais visiblement blessé par la trajectoire qu’a effectuée sa carrière.
Mais c’est évidemment le voyage en Inde qui fait tout l’intérêt de Bollywood Hero. N’espérez d’ailleurs pas une image idyllique de l’Inde : Chris découvre d’abord les rues peuplées et pauvres avant de découvrir les superbes studios et les grandes maisons de style. En fait, les décors de l’Inde sont un très bon reflet de ce que Kattan diffuse également : un bon équilibre entre l’image qu’on s’en ferait a priori, et une autre moins spectaculaire mais plus intime. Kattan s’ouvre, se laisse aller à une certaine vulnérabilité, et l’Inde fait la même chose en toile de fond.

On n’est bien-sûr pas dans le constat social, ce n’est pas le propos. Mais alors qu’on pourrait s’attendre à ce que Bollywood Hero ne soit qu’une comédie prenant pour prétexte l’univers des film indiens pour déconner à fond, on découvre au contraire, au fur et à mesure, une sorte de Lost in Translation indien sur fond de cinéma. Certaines scènes donnent vraiment l’oeil humide, à l’instar du passage de total désœuvrement de Chris qui vient de se faire virer du film par Priya, et dont la carte de crédit a été bloquée. Expulsé de son hôtel, errant dans les rues populaires de la ville, on le sent complètement abattu…
Et c’est là, au bout de, je ne sais pas, moi, 30 minutes peut-être ? Qu’intervient la toute première chanson de l’épisode. On ne l’attendait plus. On avait fait une croix dessus. Et c’est une excellente surprise parce qu’elle n’est pas tape à l’œil, s’intègre bien dans le passage, et n’est pas trop longue. Le deuxième grand moment musical viendra à la toute fin de l’épisode, soit une autre demi-heure plus tard, et sera beaucoup plus proche de ce qu’on attend d’un film bollywoodien, mais là aussi parfaitement liée à l’histoire.

On se retrouve avec une fiction qui ne cherche pas à vous faire croire que vous regardez un film bollywoodien, mais capable de reprendre les éléments de ce type de films avec beaucoup d’enthousiasme, et en se concentrant sur son histoire et son personnage central. Il en ressort quelque chose d’authentique, comme dirigé par la passion avant tout et non par l’envie de surfer sur une vague qui effectivement peut sembler légèrement opportuniste maintenant que Slumdog Millionnaire a ouvert la voie. Toute l’équipe et, à ma plus grande surprise, Chris Kattan le premier, est confondante de sincérité, sans mettre le divertissement de côté. On rit, on larmouche un peu, et à intervalles réguliers (mais espacés) on a une folle envie de danser. Tout ça avec une histoire sympathique même si légèrement cliché.

Moi qui n’avais pas beaucoup d’intérêt pour Chris Kattan, je le découvre sous un angle qui me le rend très sympathique. Son interaction avec le reste du cast transpire l’honnêteté, sa scène d’entrainement à la danse avec Beeji est drôle mais donne l’impression d’une vraie rencontre, il ne cherche pas à être comique (alors que ce serait facile pour lui), et globalement on a vraiment l’impression qu’il y a une vraie histoire en Kattan et l’Inde (n’oublions pas qu’il est l’un des créateurs de la série ainsi que le producteur exécutif). Ça fait donc vraiment plaisir à voir.

Dans ces conditions, vous imaginez bien qu’à l’heure où nous parlons, je suis déjà en train de cagouler la suite… il me reste seulement deux épisodes à découvrir, c’est presque de la torture. En attendant je n’ai pas manqué de me découper les deux passages musicaux principaux, et vous imaginez sans peine qu’ils sont en train de tourner en boucle en ce moment-même, me connaissant…
Bon, et vous savez quoi ? La télévision indies (et hindi, pour le coup), ça vaut vraiment le coup de tenter. Vivement Portlandia, tiens.

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2 commentaires

  1. Wax dit :

    Après avoir lu ton article, j’ai eu envie de regarder et j’ai trouvé Bollywood Hero intéressant. Pas spécialement cliché en plus ! J’ai beaucoup aimé l’arrivée de Chris Kattan qui fait découvrir l’Inde en même temps que lui (avec en plus la barrière de la langue et la différence culturelle). On sait qu’il y a de la pauvreté mais le regard reste neutre.

    Et puis la seconde danse… Il se lâche mais je pensais pas que ça irait jusque là avec Lalima XD.

  2. ladyteruki dit :

    Je suis contente d’avoir pu donner envie à au moins une personne. J’ai presque fini de cagouler le 2e épisode, j’ai hâte ! ^_^

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