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18 août 2016 à 12:00

BeatStory-650

Jusqu’à présent, cette thématique Beat Story nous aura surtout offert d’accompagner des policiers en uniforme travaillant dans de grandes agglomérations. Ce sera d’ailleurs encore le cas d’ici la fin de la semaine ; au terme de ces 14 articles, on aura passé ensemble un temps considérable à Los Angeles et ses environs (ça a commencé dés TJ Hooker et CHiPs lundi), ainsi qu’à New York et Montréal, entre autres. Dans une moindre mesure, c’est aussi vrai pour Reno 911! qui se déroule dans l’une des villes du Nevada les plus peuplées… en gardant à l’esprit que c’est le Nevada, mais bon.

La question se pose pourtant : que se passe-t-il dans les petites villes ? Les bourgades plus rurales, notamment. Le métier de flic en uniforme est-il le même ? Eh bien c’est précisément ce que je vous propose de découvrir avec les deux reviews du jour, en commençant par celle de Picket Fences ce midi, et dont l’un des personnages centraux est, précisément, un policier officiant en uniforme.
Edit : lorsque j’ai commencé à travailler sur cette review voilà un mois environ, Fyvush Finkel était encore de ce monde. Ces quelques lignes lui sont dédiées.

PicketFences-650

Premier constat : cet uniforme est celui de shérif, un titre qui n’est guère porté dans les grandes villes et qui, dans beaucoup de villes comme Rome (Wisconsin), couvre en réalité plusieurs fonctions.
Parmi elles : la supervision de la police municipale. Jimmy Brock est le nom de ce shérif, et son lieu de travail ressemble moins à un commissariat qu’à l’adorable petite gare tapissée de bois de la série Everwood. D’ailleurs le central téléphonique du 911 (l’un des rares montrés dans une fiction) se résume à un standard tenu dans la salle commune par l’étonnante Ginny Weedon, qui a l’œil sur tout. L’endroit est un véritable moulin à vent où entrent et sortent les membres de la communauté, ce qui est assez logique vu que le poste de police est l’un des points névralgiques de la ville. Pour l’aider à gérer ce chaos parfaitement familier, le shérif Brock peut compter sur deux jeunes adjoints, les officiers Maxine Stewart et Kenny Lacos, la première étant une tête brûlée et l’autre une sorte d’adulescent.

Parce qu’il porte plusieurs casquettes, le shérif Brock assure toutes sortes de fonction au sein de son bureau. Ses journées consistent aussi bien à régler des querelles de voisinage qu’à élucider des accidents de la route impliquant des vaches. Ou, plus exceptionnellement, à mener des enquêtes de meurtre…
C’est en réalité tellement exceptionnel que lorsque la série démarre, le meurtre n’apparait pas du tout sur le radar du shérif Brock et de son équipe. Il faudra l’intervention de l’embaumeur local (qui ne rêve que d’une chose : pratiquer une autopsie) pour que le département du shérif se penche sur l’affaire que tout le monde pensait initialement être une simple crise cardiaque. Tout cela en continuant d’assurer les missions que Brock et son équipe assurent habituellement, qui relèvent de la mission de proximité.

Et la proximité est ici une donnée absolument essentielle. A Rome, Wisconsin, tout le monde connaît tout le monde. En fait, tout le monde était précisément rassemblé, le soir du décès de la victime, dans une même salle où la ville jouait ou assistait à une représentation du Magicien d’Oz. Le shérif Brock incarnait un Munchkin, si ça vous voulez tout savoir.
Dans ce contexte, Ginny n’est pas la seule à tout savoir sur tout le monde : une communauté aussi resserrée n’a pas vraiment de secret. Tout le monde connaît le pharmacien, le prof, le procureur. C’est une donnée importante de l’enquête car contrairement aux flics que nous avons suivis jusqu’à présent cette semaine, qui travaillent le plus souvent sur des affaires concernant des inconnus, dans Picket Fences on enquête sur des gens qu’on pense connaître par cœur. J’insiste bien évidemment sur le terme de « pense connaître »…
Il faut d’ailleurs noter que c’est le petit nombre d’humain au mètre carré et la très faible fréquence des crimes qui explique qu’à Rome, les policiers en uniforme assurent aussi bien le maintien de l’ordre au quotidien, que la gestion d’affaires complexes comme peut l’être un meurtre. Quelque chose qui est illustré rapidement par des allusions de la part de l’officier Kenny Lacos, qui avant de se faire muter à Rome était flic dans une grande métropole, Chicago. On imagine sans peine que dans une ville avec un fort taux de criminalité et plusieurs millions d’habitants, pareille investigation tomberait sous la responsabilité d’inspecteurs, pas de simples uniformes.

De la même façon que son shérif, Picket Fences est polyvalente. Elle a la particularité de certes se pencher particulièrement sur le travail des policiers de Rome, mais aussi d’emprunter à d’autres genres.
Ainsi, il y a une grande dose de drama familial : le shérif Brock est actuellement marié à la docteure Jill Brock, médecin généraliste de la ville, avec laquelle il élève trois enfants dont l’aînée d’un premier mariage. Une part non-négligeable de l’intrigue de ce premier épisode est d’ailleurs consacrée aux frasques des deux plus jeunes à l’école. La plus grande a droit quant à elle à une intrigue différente, qui la conduit à rencontrer une chanteuse qui est son idole, à plus forte raison parce que l’adolescente veut devenir chanteuse elle-même. Des conversations avec papa et surtout (belle-)maman jalonnent donc l’épisode.
Il y a aussi du drama tout court, au-delà de la famille Brock. L’épisode inaugural met par exemple en scène une rencontre amoureuse pour l’adjoint Kenny Lacos, qui se transforme vite en une problématique déchirante.
Non que la série prenne tout au tragique : dans son portrait des habitants de Rome, Picket Fences se prend à l’occasion pour une dramédie truculente, avec des séquences voulues comme essentiellement humoristiques. Le goût de David E. Kelley pour les situations improbables, les personnages hauts en couleur et les détails absurdes, peut ainsi s’exprimer pleinement.
Et ça ne s’arrête bien-sûr pas là : puisque Picket Fences est une série de Kelley, on va aussi y trouver des airs de legal drama. L’enquête menée par Brock ne s’arrête pas du tout au palais de Justice, l’occasion de donner quelques répliques hilarantes à Fyvush Finkel dans la grande tradition des personnages excentriques de notre showrunner préféré. En tous cas le mien, mais je suis prêteuse.
Sans oublier une pointe d’intrigue médicale du côté de Jill Brock, qui a vocation à ne pas se limiter à ce premier épisode, et même quelques touches de problématiques d’ordre politique.

PicketFences-alt-300Le résultat c’est que même en se transformant en ensemble drama versatile, Picket Fences parvient à raconter quelque chose de précieux sur ce que représente le travail de flic dans une communauté de quelques centaines, peut-être quelques milliers à tout prendre, d’âmes vivant en milieu quasiment rural. Les policiers des grandes agglomérations ont tendance à avoir une vue détachée du territoire qu’ils couvrent pendant leurs rondes ; ceux des petites villes doivent garder un oeil sur l’ensemble des réalités du terrain parce qu’ils y vivent, leur famille avec eux, et y sont impliqués à de multiples niveaux. Savoir tout sur tout le monde est vital pour bien travailler, et il faut faire preuve en permanence de bienveillance, d’empathie et de patience, pour mener à bien les multiples missions du bureau du shérif. Faute de quoi, ce sont les voisins, les amis, les gens que l’on croise tous les jours, qui font les frais de la moindre erreur. Ça n’est absolument pas un prérequis pour des flics newyorkais ou angelenos qui ont toutes les chances de ne plus jamais recroiser ceux auprès de qui ils interviennent, et qui n’ont quasiment jamais à gérer les conséquences de leurs actions sur eux. Prenez l’exemple de CHiPs : on n’a jamais su si la jeune femme désincarcérée de sa voiture après un tonneau sur l’autoroute avait fini par s’en sortir ; Ponch a repris la route sur sa bécane sans plus jamais penser à elle ! C’est impossible à Rome. Trop de choses sont en jeu.
C’est d’ailleurs palpable pendant tout ce premier épisode, alors que la motivation essentielle du shérif Brock n’est pas exactement de trouver un coupable, de dénicher la vérité, de résoudre un meurtre… mais surtout d’apaiser la ville. A maintes reprises, la priorité du shérif sera d’éviter tout mouvement de panique, de contrôler la foule, de filtrer les informations communiquées au public tant que subsistent des incertitudes qui pourraient, en somme, pousser Rome à se retourner contre Rome. Là encore ce sont des choses auxquelles la plupart des enquêteurs de séries procédurales ne prêtent pas souvent attention, protégés par la certitude que l’impact de leur investigation ne les atteindra jamais dans leur quotidien. Le shérif Brock n’a pas ce luxe.

Tant que ces multiples obligations, qui dépassent largement la simple mission professionnelle, d’un policier se déroulent dans une bourgade par ailleurs accueillante, ça va. C’est quand le patelin est moins rieur que ça devient plus compliqué… mais on en reparle dans la deuxième review du jour, à 18h.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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