Pourquoi c’est drôle ?

18 avril 2017 à 17:00

Parce que la série étasunienne I’m dying up here ne démarrera dans son pays natal qu’en juin prochain, la projection de son premier épisode était accompagnée d’une requête de l’équipe de Séries Mania : « par pitié, ne dévoilez rien sur ce premier épisode lorsque vous l’aurez vu ». Les raisons de cette demande apparaissent quand on assiste à l’un des événements du pilote… je ne suis pas certaine qu’il y ait beaucoup de raisons de faire tant de secrets, mais admettons.
Aussi, aujourd’hui, ne parlons pas du pilote. Parlons de l’esprit du pilote.

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Ce que les résumés et autres présentations rapides vous ont peut-être déjà dit sur I’m dying up here, c’est que cette dramédie se penche sur un groupe de comédiens de stand-up dans le Los Angeles des années 70.

Cela signifie que ce sont plusieurs types d’humour que l’on va trouver, d’un personnage à l’autre. Et ça, c’est particulièrement rare : jusqu’à présent, le stand-up à la télévision américaine, c’était essentiellement des comédies ou dramédies de type dit vehicle, c’est-à-dire donnant la parole à UN comédien (plus rarement une comédienne) de stand-up, partageant ainsi son univers et son style humoristique. Le stand-up nous a donné quelques unes des comédies américaines les plus marquantes de l’histoire (parmi lesquelles Seinfeld, bien-sûr), mais jamais sous la forme d’un mélange de styles et de personnalités humoristiques.
Cela signifie que dans I’m dying up here, on se retrouve dans la situation inédite de pouvoir réfléchir sur l’humour au sens large. Car, comment est-on drôle ? Eh bien déjà on ne l’est pas, on le devient, il s’agit d’un travail, dont on peut voir qu’il est constant et dépasse largement les quelques minutes passées sur les planches d’un club une fois de temps en temps. Et puis, être drôle c’est une chose, mais développer un style humoristique en est un autre. Sans compter qu’être drôle signifie non pas que vous vous trouverez drôles, mais que d’autres réagissent à votre type d’humour ; comment se développe donc l’identité d’un humoriste, sa marque ? Tout cela, I’m dying up here commence déjà à se le demander au cours de son intrigue mystérieuse du premier épisode, parfois très explicitement, parfois moins.

Dans I’m dying up here, être drôle c’est un métier. Pas le plus désagréable ni le plus difficile qui soit, mais pas une partie de plaisir tous les jours. Bien-sûr, tout le monde est là par passion (ça peut difficilement être par appât du gain !), mais cela reste un job comportant des difficultés à surmonter, des défis à relever, et même, en un certain sens, une hiérarchie à affronter. Être drôle vient peut-être à certains plus facilement qu’à drôle, mais être un comique ne s’invente pas. I’m dying up here se propose de détailler ce travail, y compris pour ce qu’il a de plus intime. Est-on vraiment drôle si l’on ne met pas ses tripes sur la scène, au vu et au su du public ?

J’ai envie de rassurer les responsables de Showtime : sans avoir à parler factuellement de ce qui se produit pendant l’épisode, je peux sans problème parler de ce qui m’a charmée dans I’m dying up here. Cette interrogation sur l’humour en tant qu’art et en tant que métier s’annonce comme passionnante, et elle est magnifiquement portée par une distribution solide (mais je pensais déjà qu’Ari Graynor était une déesse, donc bon). Les intrigues n’ont, quelque part, pas autant compté à mes yeux que ce propos en filigrane, cette lettre d’intention, ce manifeste dont à ma connaissance aucune autre série américaine ne peut se réclamer.

Voilà ce que je brûlais d’envie de vous dire en sortant de la projection I’m dying up here à Séries Mania aujourd’hui. Pour le reste, ne faisons pas de frayeurs à nos amis de chez Showtime, et donnons-nous rendez-vous cet été.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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