A batch of love

12 avril 2020 à 23:13

Tipeee

Parfois on commence une série pour de bonnes raisons, et parfois c’est juste parce qu’on cède. Dans le cas de la série sud-coréenne Mat Jom Bosilraeyo?, la raison pour laquelle je suis là, devant vous, à en parler aujourd’hui, c’est que le site sur lequel je trouve l’essentiel de mes épisodes de séries asiatiques inclut TOUS LES JOURS des updates sur cette série. Quasiment. Mais quand même : tous les jours il y a un nouvel épisode, et quand c’est pas un nouvel épisode c’est une traduction du dernier épisode en date, et vous savez quoi, eh bah très bien ! Je vais la regarder votre série. Là ! Merde à la fin. C’est pas possible un tel harcèlement !

…Ok c’est pas vraiment du harcèlement. Mais après des semaines à voir la tronche de ces personnages sur une page d’accueil, forcément c’est tentant de céder.

En fait, tout cela est très normal. Car Mat Jom Bosilraeyo? (Want A Taste? de l’un de ses titres anglophones) est de ces séries sud-coréennes dont on ne parle pas souvent.

Celles qui font souvent l’objet de reviews, ce sont les séries bi-hebdomadaires : diffusées les lundis-mardis ou mercredis-jeudis soirs en primetime, il s’agit de séries d’une heure environ qui ont une durée de vie plutôt courte (une quinzaine ou vingtaine d’épisodes au total), mais une popularité immense. C’est là qu’on trouve les plus grandes stars, les plus gros budgets, les plus grandes audiences. Mécaniquement c’est là que la communauté amatrice de séries sud-coréennes a tendance à reporter son attention, et comment le lui reprocher, quand on voit tous les ingrédients mis en oeuvre par les chaînes (et en particulier les grands networks KBC, SBS et MBC) depuis des décennies dans ces séries de premier plan. Ouvrez n’importe quelle review sur une série sud-coréenne et vous aurez 712% de chances de tomber sur l’une de ces fictions. C’est tout naturel.
Pourtant une fois de temps en temps, il ne peut faire de mal de rappeler que ce n’est pas à cela que se limite la production télévisuelle sud-coréenne. Comme quasiment tous les pays, la Corée du Sud a aussi ses séries quotidiennes, et le créneau horaire qui leur est souvent réservé se loge dans la programmation matinale des chaînes. Mat Jom Bosilraeyo? est ainsi diffusée du lundi au vendredi à 8h35. L’idée est que les femmes au foyer sont les seules devant la télévision à ce moment-là ; ce n’est pas un concept récent, loin de là (ça fait depuis le début des années 90 que cette case de fiction existe sur SBS), et pas limité à la Corée du Sud (les asadora du Japon sont par exemple programmés à peu près à la même heure depuis les années 60). Comme tout bon soap qui se respecte diffusé dans de telles conditions, les séries quotidiennes matinales ont tendance à être longues, tapant aisément dans la centaine d’épisodes. Mais comme l’idée est aussi qu’il ne s’agirait pas que les femmes au foyer passent trop de temps devant leur série préférée, ces soaps matinaux ont aussi tendance à être plus courts (une demi-heure environ) que leurs homologues de primetime.
Voilà comment on arrive avec une série qui se retrouve tous les jours que Dieu fait en page d’accueil. Ya pas de mystère : Mat Jom Bosilraeyo? comptera un total de 120 épisodes de 30 minutes environ lorsque sa diffusion s’achèvera en mai prochain.

N’étant même pas certaine d’avoir déjà reviewé pour vous une série comme celle-là, me voilà donc avec mon carnet et mon crayon devant le premier épisode de Mat Jom Bosilraeyo? (…je déconne, quand j’en prends mes notes sont directement sur ordinateur).

Force est de constater que les choses démarraient mal. La première scène de la série s’ouvre en effet dans la cuisine d’un restaurant, de nuit et par temps d’orage, alors qu’une femme mystérieuse aiguise un couteau…
…et le couteau est censuré.

Forcément, parce qu’on voudrait quand même pas qu’une femme au foyer aperçoive un couteau de cuisine.

Oui bon, eh bien, hm, ne nous laissons pas impressionner.
Le fait est que Mat Jom Bosilraeyo? démarre avec la révélation que notre héroïne est une épouse trompée, et que celle-ci n’a pas affûté un couteau pour faire joli… mais bien pour suivre son époux et la maîtresse de celui-ci jusque dans la chambre d’hôtel où ils passent la nuit, et…
Et rien. Vous vous attendiez à quoi ? La série fait évidemment un bond en arrière de 7 ans pour nous laisser sur notre faim, et revenir aux origines de cette histoire. Pis d’abord si vous n’aimiez pas les fast backwards, fallait pas regarder une série contemporaine : elles le font toutes, vous le savez, c’est la loi. Encore plus en Corée du Sud où il me semble bien que les scénaristes qui refusent d’y recourir sont passibles de prison, faut que je revérifie les textes.

Notre héroïne s’appelle Hae Jin, et au moment où commence véritablement l’intrigue, elle n’est pas encore mariée. Sa mère désespère un peu, cela dit. Elle n’a pas trouvé chaussure à son pied, alors qu’elle est charmante, qu’elle a un plutôt bon job dans une banque, et qu’en plus elle cuisine merveilleusement bien. La trentaine approche et toujours rien.
Enfin, ça c’est ce qu’elle croit. Parce que de son côté, le meilleur ami de son frère en pince résolument pour elle : Jin Sang revient du service militaire (deux ans, quand même) et est ravi d’apprendre qu’en son absence, elle ne s’est pas mariée, comme si elle l’attendait tout ce temps. Il est totalement incapable de capter les signaux pourtant très clairs qu’elle lui envoie, pour montrer qu’elle n’est pas intéressée. D’ailleurs, vers la fin de l’épisode, elle s’en va à un rendez-vous arrangé avec un professeur bien sous tous rapports, c’est vous dire si elle n’y songe pas un instant.

Il semblerait que Mat Jom Bosilraeyo? soit déterminée à nous raconter cette histoire-là afin de poser les enjeux de l’affaire exposée en début d’épisode (et donc au début de la série. Bon, moi je triche un peu, j’ai lu les résumés (pour ma défense c’est hyper dur de ne pas le faire quand la série vous passe sous le nez tous les jours !), donc je sais qui Hae Jin a finalement épousé. Je ne crois même pas sincèrement que ce soit LE mystère de la série, mais plutôt le mythe fondateur autour duquel le soap bâtit son intrigue. Les choix faits par Hae Jin à l’époque où elle était célibataire… eh bien, ont déterminé un peu, j’imagine, le sort de son couple. Enfin il faut espérer, la pauvre, qu’elle n’aurait pas été trompée quel que soit le mari qu’elle aurait épousé ! Donc pour comprendre ce qui se joue dans cette tromperie, je peux parfaitement comprendre que Mat Jom Bosilraeyo? nous dise ce qui s’est joué dans le mariage lui-même.
Ce qui m’ennuie juste un peu c’est que pour le faire, la série cultive des clichés vus et revus, notamment sur le fait que Jin Sang pourchasse Hae Jin avec autant d’ardeur bien malgré elle. Dude, take a hint. En cela hélas, je ne peux pas dire que Mat Jom Bosilraeyo? soit incroyablement différente de beaucoup des romcoms de primetime de son pays.

A vrai dire, maintenant qu’on en parle, Mat Jom Bosilraeyo? n’est pas très différente tout court. Il y a certes un peu moins de budget dans la production, mais pas tant que ça surtout si on considère l’étalement sur 120 épisodes. Le plus gros défaut est dans les décors intérieurs de la série, qui relèvent plus du décor de sitcom que du décor de romcom classique, mais étant donné que Mat Jom Bosilraeyo? cultive aussi un ton très léger, avec des scènes humoristiques et des personnages servant quasi-uniquement de comic relief pour le moment, ça ne jure pas vraiment dans l’ensemble. Encore une fois, c’est pas comme si les séries de primetime sud-coréennes ne tentait pas ce genre de mélange.
Bon et puis, j’avoue, j’ai aussi cédé à la série parce qu’il y est un peu question de bouffe, là, voilà, c’est dit. Le père de Jin Sang tient un resto, Hae Jin cuisine apparemment super bien, et à un moment c’est voué à s’emboîter tout ça (pourquoi une banque, Hae Jin ?!). La série s’ouvre dans la cuisine d’un restaurant, au nom du ciel.

Donc certes, ça ne mange pas de pain (…je me trouve drôle), mais n’est Mat Jom Bosilraeyo? pas la pire chose que j’ai eue devant les yeux, et même pas le pire soap. Ce ne sera jamais ma série préférée, et franchement à ce stade de ma vie téléphagique, je n’ai plus la patience pour des séries de 120 épisodes, mais ça se tient, dans son genre. Au moins pendant la première demi-heure. Donc si vous n’avez jamais sauté le pas mais que vous aimez bien les romcom coréennes, tentez une série quotidienne matinale ! Au point où vous en êtes.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

1 commentaire

  1. Mila ♥ dit :

    Ce qui est bien c’est que quand je vois, de loin, que tu t’apprêtes à parler d’une série sud-coréenne, je me dis « cool, un truc que je vais connaître ! » … et en fait non :’D Enfin, si, oui, de nom, okay, mais c’est bien tout. Faut dire que les daily, c’est pas trop mon truc. C’est long, et ça peine souvent soit à m’accrocher au début, soit à me garder sur la longueur. Autant m’enfiler un drama historique d’une longueur équivalente (donc plutôt 60 épisodes, mais ils sont deux fois plus longs) y a pas trop de souci, autant les daily me lassent rapidement. Du coup, comme par expérience je sais que j’y accroche rarement, j’avoue les mettre généralement de côté lors de mes sélections, à moins d’avoir une raison particulière de les lancer.

    Haha, je vois en tous cas qu’il n’échappe pas à la règle du couteau censuré. En même temps, oui, logique, vu que c’est la loi et tout (même si y a des dramas qui arrivent à passer outre o.o), mais ça ne cessera jamais de me faire rire et/ou m’agacer, selon les fictions (dans Tell me what you saw, c’était insupportable, dernièrement, parce que les couteaux -pourvu qu’ils soient maniés avec une intention de blesser- ne sont pas les seules choses à devoir être floutées, du coup on se retrouvait avec des scènes où, comme il y avait un bain de sang, 80% de l’écran était flouté :’D et l’hypocrisie du procédé, est… bref… je me relance pas dans un discours)

    Ca m’interpelle ce que tu dis sur les séries qui commencent par un flash-forward, en tous cas. Parce que j’ai aussi cette impression qu’elles commencent souvent comme ça, et j’allais justement écrire ça dans un article sur Rugal, du coup j’ai vérifié, mais en vérité sur les kdramas que j’ai commencés en 2020 et 2019, il y en a moins de 25% qui utilisent ce procédé. Alors, c’est sur un échantillon de seulement 34 kdramas, donc je ne dis pas que c’est représentatif (pas du tout en fait, vu qu’il y a une centaine de kdramas par an, donc mes 34 kdramas ne sont pas grand-chose), mais ça veut dire que sur les séries que j’ai commencées, moins d’un quart utilisaient ce type de procédé, et pourtant j’avais cette perception qu’elles le faisaient toutes ! Donc c’est plus cela qui m’a interpelée, de savoir pourquoi j’ai ce sentiment que c’est bien plus présent que ça, surtout que là je n’ai pris en compte que les séries diffusées ces deux dernières années, mais j’en ai regardées d’autres qui rendraient le pourcentage plus faible encore. Du coup, what gives ?

    Anyway.

    Ce drama ne me tente pas trop^^ D’autant que sur la question des persos masculins, je pense qu’on a quand même fait des progrès. Si je regarde les séries romcoms populaires de ces dernières années (comme Hotel del Luna, Crashlanding on you, Touch your heart, Romance is a bonus book, Her private life, Where Stars Land, voire même Rookie Historian Goo Hae Ryung et Extraordinary You si on veut les compter), beaucoup d’entre elles ont des personnages masculins très agréables et largement moins invasifs qu’avant. Oh, ils existent encore :’D Mais on a aussi beaucoup de types bien, et d’héroïnes plus proactives. Ou alors c’est juste que je regarde les bons dramas. Bon vu que j’aime aussi regarder des choses qui datent d’avant l’amélioration des choses, forcément, j’ai aussi droit aux héros moins recommandables en amour, mais bon, je note quand même que les choses ont avancé, et ça fait pas de mal (note que ça veut pas dire que je n’ai rien à reprocher à la mise en scène des couples des dramas modernes que j’ai cités, mais ça ne vient pas réellement des personnages eux-mêmes)

    Enfin bref, même « au point où j’en suis » ( ?), puisque j’ai de quoi remplir mon programme de tas de fictions qui me tentent plus, je vais plutôt consacrer mon temps à ça^^ (en plus, depuis qu’OCN, tvN et JtBC sont devenues de gros players aussi, et arrêtent pas de produire des trucs qui ont l’air cool, je sais plus où donner de la tête moi T.T)(bon surtout tvN et JTBC, j’avoue, je suis pas autant attirée par OCN)(MAIS QUAND MEME).

    Merci pour l’article 🙂

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