Memento mori

18 septembre 2021 à 23:40

En règle générale, je suis assez peu friande de séries d’espionnage, comme celles qui me lisent le savent probablement. A l’occasion, il m’arrive de faire des efforts, mais c’est très exactement ce dont il s’agit : d’efforts. Je tente une série, ou une autre, et pendant le premier épisode, même quand j’y trouve quelques qualités, je sais d’ores et déjà que je n’aurai jamais l’envie nécessaire à m’investir dans toute une saison. Encore moins si la série en compte plusieurs…! Écoutez, on a tous des genres comme ça, qui nous parlent moins que d’autres.
Ce qui n’est pas une raison pour se coucher bête.

Hier soir, MBC lançait un thriller d’espionnage dans sa case de primetime du weekend : Geomeun Taeyang (ou The Veil de son titre anglophone). Ce soir, on cause de son épisode inaugural.

A bord d’un bateau au large de la Corée du Sud, les garde-côtes découvrent non seulement des réfugiés, mais aussi une scène digne des pires films d’horreur : partout, sur toutes les surfaces, du sang et d’autres restes humains. Et surtout, des cadavres de trafiquants d’organes. Inutile de chercher très loin qui est le responsable du carnage : un homme est trouvé en train d’exécuter le dernier trafiquant, sous les yeux ahuris des autorités.
Sauf que cet homme n’est pas n’importe qui : il est rapidement identifié sous le nom de Ji Hyuk Han, un agent du NIS, les services de renseignements sud-coréens. Le problème ? Eh bah… ça fait un an qu’on le croyait mort !

Une fois débarrassée de cette exposition bien gore (qu’évidemment j’ai eu la brillante idée de regarder pendant le dîner), Geomeun Taeyang se lance dans une longue exposition beaucoup plus cérébrale. Car évidemment, l’enjeu n’est pas vraiment de savoir pourquoi des trafiquants d’organes ont été tués (bon, il y a quelques questions auxquelles ce serait bien de répondre quand même, mais c’est pas l’urgence quoi), mais plutôt de déterminer où Ji Hyuk a passé l’année écoulée.
D’autant que les circonstances dans lesquelles il était supposément décédé sont elles-mêmes intrigantes. A l’époque, il faisait partie d’une unité d’élite chargée de… « rétribution » : lorsque des agents du gouvernement sud-coréens sont tués, son unité passe dans le camps ennemi et… égalise le score. Inutile de préciser que les capacités de Ji Hyuk en matière d’infiltration et d’exécution ne datent pas du fameux bateau. Or, lors d’une opération en Chine avec deux de ses collègues, ceux-ci ont été éliminés, et après avoir cherché Ji Hyuk pendant un moment, sa hiérarchie a conclu qu’il avait également été tué dans l’exercice de ses fonctions, bien que n’ayant jamais retrouvé son corps. Alors comment Ji Hyuk a-t-il survécu ? Et est-ce que par hasard il porte une responsabilité sur le sort de ses deux camarades d’unité ?
Bien malin qui saura le dire : Ji Hyuk Han a perdu la mémoire. Et ce n’est pas un accident : les médecins du NIS pensent qu’il a reçu des substances entraînant une perte de mémoire. Il va donc falloir mener l’enquête aussi bien sur le terrain que dans ses propres souvenirs.

Il y a dans l’intrigue centrale de Geomeun Taeyang quelque chose qui évoque Homeland (plus que Hatufim, d’ailleurs) : après sa longue absence, Ji Hyuk Han est à la fois potentiellement une victime et un coupable. Son retour au bercail pourrait être un soulagement, mais en réalité c’est une source d’inquiétude. Un homme mort ne pose pas de danger pour la sécurité nationale, après tout. Il a reçu, en outre, un entraînement qui fait de lui un espion hors pair, et il va en faire la démonstration déjà une fois ou deux pendant ce premier épisode. L’intérêt de cette amnésie, c’est que même Ji Hyuk n’est pas totalement convaincu de quel côté il est ! Ce serait pas mal si la série pouvait explorer ça par la suite…
On découvrira aussi, progressivement, qu’il est en contact avec quelqu’un qui lui relaie certaines informations, preuve qu’il a une motivation plus ou moins affichée. Je n’ai pas compris qui était cet informateur (si tant est que des indices nous aient été délivrés), mais il apparaît clairement qu’il y a anguille sous roche vu le cliffhanger de fin d’épisode.
Plusieurs de ces ambiguïtés vont être établies, et certaines levées, pendant l’introduction de Geomeun Taeyang. Avec une douzaine d’épisodes prévus, la série peut difficilement se permettre de faire traîner les choses en longueur, de toute façon. Enfin, pas trop. Cet épisode a quand même un méchant ventre mou, après le retour de Ji Hyuk, lorsque plusieurs personnages se relaient de scène en scène pour faire comprendre au protagoniste, et par la même occasion aux spectatrices, que la vérité est logée quelque part dans les souvenirs de notre héros. L’un de ces personnage est un supérieur et mentor de longue date, une autre est la veuve d’un de ses deux collègues retrouvés morts l’an dernier… (ma seule consolation c’est que, comme on me l’a fait remarquer pour m’inciter à tenter la série, elle est interprétée par Ha Seun Park, que j’avais adorée dans Sanhoojoriwon), et c’est donc supposé ajouter de la tension dramatique. Mais bon, c’est un peu longuet, et répétitif.

Cependant j’aurais pu envisager de poursuivre la série si ç’avait été le seul problème. Le soucis c’est que Geomeun Taeyang n’arrive pas à s’empêcher de lancer une autre intrigue. Sa hiérarchie espérant que ses souvenirs reviendront au plus vite, mais se méfiant de lui dans le même temps, Ji Hyuk Han est réintégré au sein du NIS sans plus attendre, mais placardisé. C’est là qu’on lui flanque une nouvelle coéquipière, dont c’est le premier emploi de terrain après des années à officier derrière un bureau. Au bout d’environ une heure d’épisode où tout a été extrêmement sérieux, voire pire (je vous renvoie au bateau), on introduit donc un personnage inexpérimenté, naïf et maladroit (par exemple il est établi dans la première scène où elle apparaît qu’elle ne sait pas viser avec son arme de service). On commence dans le dernier quart d’heure de cet épisode à trouver des passages plus légers, pour ne pas dire lorgnant sur l’humoristique, comme si Geomeun Taeyang avait peur d’avoir trop bien posé l’ambiance. Bah ouais, tiens, ce serait dommage d’écrire un thriller psychologique d’espionnage sans comic relief !
Et là vraiment, je veux bien faire des efforts, mais c’est trop m’en demander. Je veux bien essayer de regarder une série d’espionnage de temps en temps, mais si c’est pour partir dans tous les sens d’un point de vue du ton, c’est sans moi. Sans compter que très franchement, que les deux personnages les plus inutiles de cet épisode introductif soient des femmes m’a aussi un peu laissée circonspecte.

C’est vraiment dommage. Je crois sincèrement que j’aurais pu tenter le coup pendant un ou deux épisodes de plus avant de me faire une opinion définitive, mais là c’est un peu trop d’un coup. Peut-être que sur une autre chaîne, Geomeun Taeyang ne se serait pas sentie obligée de manger à tous les râteliers comme ça. Peut-être qu’elle aurait préservé son aura paranoïaque et se serait concentrée strictement sur l’exploration complexe des souvenirs de cet espion. On ne saura jamais. Enfin bon, moi, j’ai consenti un effort, j’ai ma conscience pour moi.


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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