Leave it all behind

17 février 2015 à 16:22

Février. La télévision australienne sort de sa torpeur et commence nouvelle saison. Ironiquement, ABC1 a décidé de dévoiler sa première nouveauté de la saison avec une série qui s’appelle Hiding. Son concept ? S’intéresser à une famille lorsque celle-ci est relocalisée dans le cadre du programme de protection des témoins.

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Mais Troy Quigg n’est pas un simple témoin. Lorsque les forces d’intervention font irruption dans la maison qu’il habite avec sa petite famille (à savoir son épouse Maree, et leurs enfants Mitchell et Shaneen), elles y découvrent un sac à dos rempli de coke : Troy aidait en effet son beau-frère Kroz dans des affaires louches. Sauf que c’est lui qui a été pris sur le fait, pas Kroz, et que leur troisième complice est en plus introuvable.
Par loyauté envers le frère de sa femme, Troy décide de ne rien dit aux autorités, et de porter le chapeau puis d’encaisser la peine de prison dont il est menacé. Et elle est conséquente. Sauf qu’à peine arrivé au mitard, il échappe de justesse à une tentative de meurtre. Les Quigg acceptent donc le deal proposé par John Pinder, de la police fédérale. Celui-ci entreprend sur le champ de déménager les quatre membres immédiats de la famille Quigg vers un lieu connu de lui seul…

Le programme de protection des témoins, on le connaît plutôt bien grâce à la fiction américaine ; Hiding ne surprend donc pas le spectateur non-australien par les éléments qu’elle introduit.
Mais vous étiez-vous déjà demandé comment se passait le déménagement lui-même ? Ce que cela représentait de devoir remettre ses effets personnels comme le téléphone ? Comment on peut vivre un changement de nom qui est imposé ? Et bien-sûr, il y a les proches qu’on laisse derrière soi… La série s’attache à nous détailler la façon dont sont vécus les évènements ci-dessus, et on comprend que c’est là tout l’objet de la série : chroniquer les bouleversements causés par une matinée qui a tout changé, et qui a transformé les Quigg en Swift. Hiding fait ce boulot avec une émotion vraie, mais mesurée ; son but n’est pas de vous faire larmoyer à tous bouts de champ, même si vos yeux peuvent ponctuellement s’humidifier. D’autant que, bien-sûr, chacun vit le déracinement de façon différente, ce qui rend les choses d’autant plus intéressantes.
Troy doit par exemple devenir Lincoln, un docteur à l’université (« ça n’est pas du tout moi ! », dit-il à l’agent Pinder, qui lui rétorque : « donc personne n’aura l’idée de venir vous chercher ici »)… alors qu’il est avant tout un type qui agit d’abord, et qui réfléchit peut-être. Il aura droit à un ultimatum de sa femme Maree, désormais Rebecca dite « Beck », qui a perdu le métier d’infirmière qu’elle aimait tant et qui a dû se séparer, dans un déchirement, de sa mère, ainsi dans une moindre mesure de sa belle-sœur enceinte dont elle surveillait la grossesse. Rebecca somme son mari de cesser de jouer les durs, et surtout de ne plus rien faire ni de violent, ni d’illégal, car en cas d’arrestation par la police, leur protection tombe immédiatement. Mitchell de son côté est désespéré de découvrir que son nouveau prénom est… Mitchell, ce qui ne fait que souligner l’absurdité de la situation à ses yeux ; il a laissé une petite amie dans son ancienne vie, et estime que, n’ayant rien fait de mal, il n’a pas à tout perdre à cause de son père. Shaneen est un autre genre d’animal encore ; l’adolescente absorbe les nouveaux paramètres de sa nouvelle vie avec insistance. Elle est la première à adopter son nouveau prénom, Tara, de façon automatique, poussant même la chose jusqu’à l’obsession ; on la verra en fin d’épisode recourir à un procédé pour le moins radical pour effacer son ancienne existence.

Le problème… c’est quand Hiding ne se limite pas à ces ingrédients dramatiques. C’était un peu à prévoir, mais elle veut absolument suivre le reste de l’affaire, ce que la série prétend être logique parce que le scénario a d’emblée impliqué le beau-frère de Troy dans l’intrigue criminelle.
En choisissant de nous en dire assez peu à son sujet, en introduisant un « méchant » assez peu surprenant en la personne de Nils Vandenberg, le patron contre lequel il faudra témoigner, et en insistant sur la paranoïa, Hiding s’assure certes qu’il y aura un peu de suspense et peut-être même d’action, mais garantit aussi que le focus dramatique ne sera pas constant. On va donc, aussi sûrement qu’on le voit pendant la première journée de Lincoln à son nouveau lieu de travail, avoir des moments plutôt gratuits, pendant lesquels tout d’un coup, on a peur que Nils (ou quelqu’un d’autre) ait remonté leur trace. Et si cette peur est légitime au demeurant, plus la série insiste dessus en nous montrant les messes basses de Kroz et Nils, plus on comprend que cette peur va être amenée à se justifier ultérieurement, ça se voit gros comme une maison. C’est un choix qui évidemment a été fait pour ne pas effrayer les spectateurs dans des scènes trop bavardes, mais du coup on a un peu tendance à verser dans la simplification.
J’aurais personnellement préféré que la série ne suive que la famille Swift alors qu’elle est transférée avec très peu d’informations à l’autre bout du pays. J’aurais aimé rester dans le noir, vivre avec eux l’ignorance de ce qui se passe autour, de ce qui se passe derrière eux, de ce que l’on décide pour eux. Vivre leur paranoïa aurait été alors beaucoup plus intéressant, parce qu’on n’aurait pas voulu jouer avec les codes habituels du thriller. Cette dimension gâche un peu le reste, et lui donne, à mes yeux en tous cas, un côté plutôt prévisible, au moins à long terme. Mais si cela permet de justifier la présence de l’agent Tinder dans leur vie, ça n’est peut-être pas si mal, car le personnage a l’air sympathique et réserve peut-être même des surprises.

L’un dans l’autre, Hiding n’est pas mauvaise, mais j’aurais espéré qu’elle aille jusqu’au bout de son angle dramatique, au lieu d’essayer de ménager la chèvre et le chou. Espérons qu’en dépit de la courte durée de sa saison (8 épisodes), elle trouve quand même le moyen de cultiver un peu de profondeur, et de ne pas tout sacrifier sur l’autel de l’accessibilité au grand public. J’ai connu ABC1 plus exigeante que ça.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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