Yas, cheffe !

12 décembre 2016 à 0:12

Ce n’est un secret pour personne que j’ai une profonde affection pour les séries culinaires. OUI, c’est un genre télévisuel à part entière, et il mérite probablement son propre International Emmy Award. Hélas ce n’est pas encore le cas, mais ça ne m’empêche pas de partir en reconnaissance pour dénicher les futurs récipiendaires. Pour la science !
Aussi c’est avec plaisir que j’ai démarré le premier épisode de Chef, une série nippone lancée cet automne sur Fuji TV avec la fantastique actrice Yuuki Amami (mon idole… et pas que) dans le rôle principal. La série démarre assez classiquement : cuisine européenne, restaurant étoilé, gourmets exigeants…

…Enfin, pas exactement. Chef commence en fait par le trope de la télévision japonaise que j’aime le plus, et que TVTropes surnommerait sûrement « Yuuki Amami fait des trucs cools sans raison apparente ». Parce que c’est Yuuki Amami et que les Japonais savent ce qui est bon. Vous aurez compris que je suis totalement d’accord avec le concept, pour facile qu’il puisse parfois être puisque franchement, Yuuki Amami est l’incarnation du cool de toute façon, comme j’ai eu maintes fois l’occasion de vous le dire par le passé. Le premier épisode de Chef démarre donc, techniquement, par une scène pendant laquelle Yuuki Amami s’amuse à chasser, en haute forêt, avec un fusil à lunette, le gibier qu’elle apportera dans la scène suivante à l’équipe de son restaurant… et qu’elle aurait aussi bien pu acheter. Yuuki Amami fait des trucs cools sans raison apparente, j’avais prévenu.
En tous cas, après ça, on retrouve effectivement ce que je vous promettais : cuisine européenne, restaurant étoilé, gourmets exigeants… Les classiques de la fiction culinaire, donc. Toutes choses que Yuuki Amami (dont le personnage a certainement un nom mais qui ne trompe personne parce qu’elle semble tellement fidèle à elle-même) tient pour acquises, alors qu’elle décide de changer les menus à sa guise, qu’elle mène son équipe à la baguette, et qu’elle ignore copieusement les instructions du directeur du restaurant.
Évidemment ça ne va donc pas durer.

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Il apparaît très vite que le directeur du restaurant où elle travaille, La cuisine de La reine (les majuscules sont d’origine), n’est pas exactement ravi par les méthodes de Yuuki Amami, qu’il juge dépensières. Or, ce n’est pas exactement un amoureux de la grande cuisine, mais à l’origine plutôt un type venu du monde de la finance, qui possède un restaurant pour l’oseille, et je vous prie de croire, pas le genre qu’on sert avec le saumon. Il a donc décidé qu’il en avait marre des caprices de star de Yuuki Amami, et que maintenant qu’elle avait apporté sa 3e étoile au restaurant, il était temps de s’en débarrasser définitivement.
Il complote donc avec un célèbre critique qui feint un empoisonnement alimentaire ; le résultat est radical : Yuuki Amami perd non seulement son job à La cuisine de La reine, mais est désormais ignorée par tous les restaurants qui la courtisaient encore quelques heures plus tôt.

Le problème c’est que le compte en banque de Yuuki Amami se vide à vue d’œil et qu’il lui faut donc trouver un autre job, surtout si pour se faire à dîner elle continue de dépenser pour plusieurs milliers de yen en légumes, viandes rouges et grands crus. L’offre de la dernière chance lui vient, fait surprenant, d’une productrice de télévision, qui a repéré Yuuki Amami un jour qu’elle donnait une interview à la télévision sur le sujet des repas scolaires, quelques heures avant d’être virée de La cuisine de La reine.
C’est que, voyez-vous, les repas scolaires sont l’objet d’un gaspillage énorme, et sont globalement peu appréciés par les élèves. Une problématique résolument universelle ! Interrogée à ce sujet, Yuuki Amami, sûre d’elle, avait proclamé que c’était une question de goût et que si ELLE, elle cuisinait pour des gosses, ils finiraient leur assiette, ça je vous prie de me croire ! Une interview télévisée qui a bien mis les nerfs à un nutritionniste d’une école voisine, qui a contacté la chaîne de télévision pour protester quant aux propos de Yuuki Amami, et qui a fini par donner à la productrice l’idée parfaite pour une émission : plonger Yuuki Amami dans une cantine scolaire. Avec la disgrâce professionnelle de la cheffe étoilée, c’est forcément plus facile à lui faire accepter, en plus.

Résultat, Chef déplace son héroïne dans un monde où elle va continuer à faire ce qu’elle sait faire… mais où elle va aussi devoir le réapprendre. Ce n’est pas tout-à-fait une leçon d’humilité qui est imposée au personnage (au contraire, sa confiance en elle est quasiment inébranlable) mais plutôt un travail d’adaptation à des réalités jusque là soigneusement évitées. De l’eau dans son Bordeaux, en somme.
Yuuki Amami va donc découvrir, à ses dépens, pendant le tout premier déjeuner qu’elle prépare pour plusieurs centaines d’élèves, que ne pas respecter les goûts, les délais et les quantités peut avoir des conséquences dramatiques. En fait, à l’issue de ce premier déjeuner, ce sont plus de 20kg de nourriture qui sont ainsi retournés en cuisine, un record pour l’école. Yuuki Amami va aussi apprendre le travail d’équipe, avec des assistants en cuisine qui n’ont pas franchement l’excellence des employés de La cuisine de La reine, et un nutritionniste qui privilégie les apports plutôt que le goût. Tout ça sous l’œil des cameras de la productrice, dont les émissions sont proposées le matin ! Ca met une bonne ambiance pour la journée…

Il faut avant tout regarder Chef comme une dramédie légère, rythmée, et dont le but avoué est de nous extirper des jurons d’admiration parce que Yuuki Amami est fidèle à elle-même. Les vrais savent, comme disent les jeunes.
Si vous n’avez jamais assisté à une série avec Yuuki Amami, bah c’est le moment parfait pour vous y mettre, d’autant c’est l’une des rares actrices japonaises de près de 50 ans à obtenir des rôles de femme indépendante, charismatique et/ou ambitieuse à la télévision, et ce de façon constante. Yuuki Amami, c’est un mélange d’autorité, de justesse, d’intelligence, de timing comique aussi, assez unique en son genre. A côté de Yuuki Amami, le reste de l’univers est un personnage secondaire, y compris la cuisine (il faut cependant noter que Tomochika, l’actrice qui joue la productrice, me plaît bien aussi ; et c’est assez intéressant et unique que Chef ait DEUX actrices de plus de 40 ans dans ce type de rôles de femmes assurées). Ca me fait toujours du bien de voir Yuuki Amami dans une série, un peu comme trouver Allison Janney ou Christine Baranski à un générique, pour vous donnez des exemples que vous avez plus de chances de connaître. Nan vraiment, Chef, on y vient pour une raison essentielle, ne nous mentons pas.
J’en profite d’ailleurs pour glisser un petit sourire de connivence à l’attention de Yuuki Amami, qui après avoir été BOSS dans la série du même nom, est maintenant Chef dans la série éponyme ; vivement une série qui s’appellerait Badass pour la prochaine fois (10/10 would watch).

Alors bien-sûr il y a des passages, du coup, qui sont un peu… allons bon, comment dire ? Lourds. Oui nan mais si, disons les choses comme elles sont. Le passage où les assistants de la cuisine scolaire sont introduits, franchement, on s’en tamponne les coquillettes au beurre. Les personnages apparaissent comme écrits avec des moufles et au moins aussi finement interprétés, ça n’a pas d’intérêt. Mais enfin, c’est le prix à payer lorsqu’on a au générique un soleil tel que Yuuki Amami : tout le monde gravite autour sans jamais avoir le même éclat.
Chef, c’est le divertissement qui met des étoiles dans les yeux à ceux, et surtout celles, qui ont besoin de Yuuki Amami dans leur vie, qui va des fois faire une ratatouille ou une soupe au chou-fleur, mais qui va surtout requinquer le moral.
Vous savez quoi ? C’est un sacrifice que je suis prête à faire. Pour la science !

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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