Glittering blue ice

22 février 2017 à 19:59

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On le savait déjà un peu avec les webséries, mais cela se confirme : les séries mobiles sont le royaume du high concept. Ce n’est pas très étonnant lorsque l’on sait combien les épisodes peuvent y être courts, et qu’il faut alors ruser pour admettre la complexité en un temps record. Loin des standards du thriller télévisuel (45 minutes minimum pour donner des frissons) ou cinématographique (1h30 au minimum), Cold s’essaye à cet exercice et, ma foi, son premier épisode parvient à mettre plein de choses en place en un tout petit peu plus de 8 minutes. Preuve que ce n’est pas la durée de l’épisode qui compte, mais bien la façon de s’en servir.

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L’épisode inaugural de Cold s’ouvre sur une situation hélas devenue trop familière : une jeune fille a été enlevée. Mais la série a la particularité de commencer de son point de vue, alors qu’elle est dans le coffre d’une voiture. Le chauffeur, masqué, n’est pas forcément le plus malin au monde : le coffre s’ouvre de l’intérieur et, sitôt la voiture à l’arrêt, celle-ci rassemble tout son courage pour s’enfuir dans la forêt qui borde la route, en pleine nuit, par temps de neige. Juste alors qu’elle s’enfonce au milieu des arbres et s’aperçoit que son kidnappeur a cessé de la poursuivre…
Cold opère un retour en arrière de 4 jours. Je ne vous cache pas que j’ai soupiré : le procédé est tellement utilisé qu’il fatigue plus qu’il ne crée du suspense. Toutefois, il apparaît que je m’étais agacée trop vite : Cold va en fait opérer une oscillation constante entre les faits qui suivent l’enlèvement, et ceux qui le précèdent. Isla, puisque c’est le nom de notre héroïne, débarque dans un coin enneigée du Canada où l’adolescente semble regarder constamment derrière son épaule. Tous ses faits et gestes indiquent qu’elle est effrayée, en particulier les mesures qu’elle prend pour ne pas pouvoir être retrouvée, comme payer en liquide sa chambre d’hôtel, ou voler des plaques d’immatriculation pour sa voiture.

En cours d’épisode nous allons apprendre qu’Isla a reçu un courrier de son père, qu’elle n’a pas vu depuis qu’elle avait 3 ans… La raison de cet éloignement est simple, et exposée dans une lettre qu’elle a reçue le jour de ses 16 ans : son père est en prison pour avoir tué sa mère. Or, l’hôtel où elle s’est installée est précisément proche d’une prison…
Cela ne nous dit pas, bien-sûr, comment ce drame personnel, qui de toute évidence se joue sous nos yeux dans ce « 4 jours plus tôt », a pu aboutir à un enlèvement. Mais la mise en place effectuée par Cold parvient tout de même à explorer les deux directions de la timeline, en rappelant régulièrement comment les heures s’égrènent pour Isla, perdue en forêt, dans la neige, 4 puis 8 puis 16 heures après avoir échappé à son ravisseur. Dans le froid, Isla est exténuée, terrifiée, et même victime d’hallucinations.

Cold fonctionne si bien parce que les deux chronologies explorées parallèlement opèrent dans deux registres différents (l’un le drame, l’autre le suspense). Cela permet au premier épisode, alors même qu’il pourrait se montrer uniquement introductif, de soulever une tonne de questions, certaines abstraites (la quête d’Isla pour vraisemblablement rencontrer son père et donc obtenir une forme de « vérité » sur ses origines) et d’autres concrètes (Isla va-t-elle survivre au froid et/ou à quiconque lui veut du mal ?). Le lien entre ces deux intrigues est en outre très clair, puisque la série est entièrement tournée du point de vue d’Isla ; en se gardant bien de jouer la carte de l’omniscience, Cold entretient une certaine confusion aussi bien pendant les scènes qui glacent le sang, que pendant celles qui commence à préparer de l’émotion. Mais, ce faisant, ce premier épisode pose déjà toutes sortes de thèmes riches.

Pour en arriver à la série Cold, il faut remonter en 2014 : à l’époque, New Form Digital, une compagnie financée entre autres par Ron Howard et Brian Grazer, ouvre un « incubateur à talents » et recrute 14 Youtubeurs pour leur donner l’occasion de développer leurs propres projets. C’est ainsi qu’Emily Diana Ruth monte Cold, un court-métrage d’un peu plus de 19 minutes sorti en 2015 ; on y retrouve Isla (bien que sous les traits d’une actrice différente), perdue dans une petite ville canadienne sur les traces de ses parents. Dans ce film, aucun enlèvement, pas de double-chronologie, mais déjà de douloureuses questions et une inspiration revendiquée des polars, notamment pour la jeunesse.
Quelques moins plus tard, New Form Digital signe un accord avec Verizon pour fournir à go90, un futur service de divertissement réservé aux mobiles, pas moins de 6 séries originales. Emily Diana Ruth retourne à la planche à dessin, et concocte ainsi une nouvelle version de Cold tenant compte du nouveau format. C’est donc bien en réfléchissant au nouveau support que l’histoire d’Isla a été entièrement repensée, pour 12 épisodes d’environ 8 minutes cette fois.

Des histoires comme celles-là, on va en trouver de plus en plus à mesure que la fiction mobile va se développer. Pour le moment, en revanche, leur accessibilité est limitée : hormis les pilotes mis en ligne par New Form Digital et/ou les membres de son incubateur, les séries de go90 ne sont visibles qu’aux USA… pour le moment : le distributeur israélien Keshet vient d’en ajouter à son catalogue.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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