Girls, where are we ?

21 juillet 2013 à 22:21

Vous aussi, vous avez un coup de mou en ce moment ? Vous avez l’impression de n’avoir plus rien à découvrir, d’avoir fait le tour de la question ? Au juste, combien de coups de coeur téléphagiques peut-on avoir dans une vie, après tout ?
Chais pas si c’est l’été, le fait que nos séries habituelles soient en hiatus, ou l’appréhension naturelle qui précède chaque rentrée, laissant craindre que nos meilleures découvertes soient derrière nous et que la prochaine saison nous déçoive (problème de mémoire sélective sur la saison précédente, au passage), mais à peu près tous les étés, BAM ! Ca me retombe sur le coin du nez. C’est ptet que moi, hein, c’est possible ; mais enfin, on en est là.

Et c’est exactement pour cette raison que, quand j’ai un peu le cafard, depuis quelques années, j’ai tendance à me tourner vers deux types de séries : celles que j’aime depuis des années (tant qu’à ne pas trouver quoi que ce soit d’inédit, autant compter sur la nostalgie), et les séries étrangères.
Il y aura toujours une série étrangère pour me rappeler que je n’aurai jamais fait le tour de la question.

Le plus fantastique, c’est que tout cela est vrai… même quand le pitch de départ ne semble pas être très original. Tout est dans le traitement. C’est le cas de LIMIT, série nippone dont je vais vous parler aujourd’hui.

Je sais que cela fait peur à de nombreux téléphages rompus aux codes occidentaux de la fiction de se mettre aux séries japonaises, mais quand je vois LIMIT et la bouffée d’air frais qu’elle m’a apportée, je regrette de ne pas réussir à convaincre plus de monde de sauter le pas. Parce que LIMIT est précisément la preuve qu’on n’a jamais fait le tour, que toute période d’ennui est temporaire, et qu’il y a toujours une série, quelque part sur la planète, capable de nous intéresser.

LIMIT commence alors qu’une classe de lycéens se prépare à faire une excursion de quelques jours avec deux professeurs ; il leur faut pour cela prendre le bus pour se rendre à perpette, en bus, tous ensemble, et après que leurs portables leur soient confisqués. Ce qui est un peu la description moderne de l’Enfer pour un lycéen. Sauf que de l’Enfer, cette classe n’a encore rien vu : lorsque le chauffeur, surmené, prend la mauvaise route puis s’endort au volant, le bus tombe d’une falaise et s’écrase dans une forêt.
Il ne reste que 5 survivants à l’accident, 5 adolescentes que rien n’avait préparé à cela, et que personne ne viendra secourir avant un bout de temps… vu que d’une part, personne ne suspecte qu’il y a eu un accident, et qu’en plus, elles ne sont même pas dans la région où elles devraient être.

Comme vous le voyez, LIMIT ne se caractérise pas par son pitch à couper le souffle. En même temps, des idées originales, on en a tous les ans dans des séries, et voyez ce qu’il est par exemple advenu de Last Resort, hein…

D’ailleurs, LIMIT ne cherche pas spécialement à nous surprendre ; même quand on connaît le thème central de l’histoire, qu’on sait que ce bus finira par basculer dans le vide à un moment du pilote, l’épisode est plus qu’appréciable. Parce que le propos central de LIMIT n’est pas ce bus qui s’écrase, et même pas vraiment la façon dont ces adolescentes vont surmonter l’épreuve.
C’est ce que l’exposition de l’épisode s’ingénie à montrer, en détaillant les relations à l’intérieur de la classe, les dynamiques et les groupes, les petites cliques et les outsiders. Dés le début de l’épisode, la voix-off (celle de l’une des futures survivantes, Mizuki) s’attache à nous présenter son monde, celui d’une lycéenne comme tant d’autres, mais aussi à nous faire prendre le mesure de toute sa futilité. Non parce qu’il est fondamentalement dérisoire d’être populaire : Mizuki nous explique au contraire que c’est important tout au long de la vie, et que cela prédétermine, très tôt dans la vie, la réussite ; le lycée n’étant qu’un échantillon représentatif de ce que sera l’âge adulte. Non, tout cela est vain, parce que dans le fond, on reste égaux devant certaines choses… dont la mort. In the grand scheme of things

Une grande partie du pilote va donc s’appliquer à nous montrer comment se déroule le quotidien de tout ce petit monde, lorsque les lycéens sont ensemble. A plusieurs reprises, le pilote va nous proposer de longues séquences découpées en plein de petits plans montrant comment chacun vit en collectivité (on partage une même classe, une même cafétéria, un même bus…) et en même temps, replié entre soi (en groupe, avec un ou une amie de façon plus exclusive, ou vraiment tout seul). Comme dans toute société, il y a les forts et les faibles, les premiers n’hésitant pas à jouer de leur pouvoir pour humilier les seconds.
Le regard de Mizuki (qui pour une raison étrange, comme cela arrive parfois, aurait dû appartenir au second groupe mais s’est retrouvée dans le premier) est à la fois celui de quelqu’un qui ne remet pas le système en question, mais qui a conscience de son injustice.

Le travail que fait LIMIT avec ce premier épisode est plus proche du dorama LIFE que d’autre chose. L’idée directrice est de nous faire entrer dans un microcosme qui ressemble à tant d’autres, de nous rappeler, au cas où nous aurions eu le temps de l’oublier, à quel point il est facile d’être blessé par ses pairs à une période charnière comme l’adolescence, à quel point le procédé est admis, et aisé, presque naturel, et pourtant, si violent qu’il ne devrait pas nous apparaitre comme si banal.
Même si certains personnages se présentent de façon un peu caricaturale (comme beaucoup de monde, j’ai été victime de harcèlement scolaire, et je n’en suis pas devenue psychopathe pour si peu !), l’essence de ces lycéens si différents permet de poser le décor très vite.

Car c’est eux, le décor. C’est le seul bagage qu’ils vont réellement emmener dans leur séjour : ce qu’ils sont, et la façon dont ils traitent les autres. C’est le seul élément de contexte dont nous ayons besoin, car c’est ce qui déterminera leur survie ensuite, après la tragédie…

Cette tragédie, justement. Parlons-en.
Je ne dirais pas que c’est la même chose que la scène du pilote de Lost dans laquelle Jack découvre que l’avion s’est écrasé : parce que ce n’est pas le même budget (la réalisation de LIMIT est assez classique pour une série japonaise de qualité décente, de toute façon), et ce n’est pas la même intention non plus. Ici, le pilote veut à tout prix rendre les choses aussi réalistes que possible, depuis le début, et qu’il n’est pas question de jouer sur des effets spectaculaires, qu’ils soient visuels ou sonores, pour retranscrire l’émotion du moment.
Malgré cela, quelque chose rapproche tout de même LIMIT de sa cousine américaine, dans sa volonté de rendre l’expérience aussi traumatisante que possible. A mesure que les survivantes prennent conscience de la tragédie qui vient de se produire, le spectateur, lui aussi, accède par paliers à la réalisation de ce que tout cela signifie.
Que ressentirais-je si j’étais l’une ces adolescentes qui se réveillent au milieu de cadavres ? Si je découvrais autour de moi les corps de mes professeurs ? De mes amies ? Du garçon pour lequel j’avais un faible ? De la fille qui me torture jour après jour ? J’ai eu l’impression l’espace d’un instant de l’avoir su, et c’est tout le talent de LIMIT dans la dernière partie de son pilote.

C’est aussi un talent qui est porteur de bien des promesses. Car même si le pitch de départ laissait penser à une énième version de Battle Royale, on va ici bien plus loin, en invitant réellement le spectateur à partager les émotions des adolescentes, à la fois en tant qu’adolescentes, avec ce que cela implique de meurtrissures typiques de cette période de la vie, et en tant que victimes qui viennent de survivre à un accident atroce. Et il leur sera, bien-sûr, impossible de dissocier les deux, comme le prouve clairement la « chute » de ce pilote (si vous me passez l’expression).

Comme chacun sait (et parfois oublie, moi la première), ce qui fait la qualité d’une série, ce n’est pas simplement l’originalité de son sujet, mais surtout le traitement de celui-ci, la faculté à porter un regard bien précis sur un univers donné, et le décortiquer avec un mélange déroutant d’aisance et d’authenticité. LIMIT remplit précisément cette mission, en mêlant à une narration issue d’un scénario catastrophe une véritable interrogation sur notre nature. Le fait qu’il s’agisse d’adolescentes est assez cosmétique, dans le fond ; c’est une métaphore et une façon d’accrocher plus facilement auprès d’un jeune public (comme souvent pour TV Tokyo). Mais qu’on ne s’y trompe pas : nous pouvons tous reconnaître quelque chose dans LIMIT.
Voyons maintenant jusqu’où l’idée va être poussée…

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

8 commentaires

  1. Jujuleder dit :

    Allez faut que je me lance avec ces séries asiatiques. Mais c’est quoi les sites de références pour cagouler tout ça (avec des subs) ? Je t’en serai très reconnaisant .

    Sinon, toujours rien sur Orange is the new black alors que j’attends d’en avoir ton avis. Je t’excuse si tu oublies dans un coin siberia, camp ou devious maid mais pour OITNB, I’m waiting :p.

    Ray Donovan je ne l’ai pas vue, j’attendais ton post pour savoir si ça valait le coup.

    Enfin tu en peut-être parlé sur twitter de tout ça mais comme je ne suis pas sur twitter je loupe peut-être certaines choses.

  2. Nyx dit :

    Personnellement, j’aimerais beaucoup découvrir les séries asiatiques mais comme Jujuleder, je ne connais pas les sites de référence et quand je cherche, je tombe rarement dessus (ou alors il n’y a pas de sous-titres…).

    J’ai bien dramapassion mais la qualité est médiocre et le choix limité ! Bref, si tu as des conseils, je suis également preneuse ! Et ce Limit me tente bien au passage.

  3. ladyteruki dit :

    Pour l’Asie, le tracker qu’il faut connaître c’est d-addicts, je n’utilise quasiment que lui. J’en avais parlé dans mon « guide de survie » où je listais plein de façon de trouver des séries étrangères ( http://ladytelephagy.canalblog.com/archives/2011/05/13/21120056.html ). Vous pouvez bookmarker, ou tout simplement utiliser le lien dans la colonne de droite.

    Sur d-addicts, il y a d’une part le tracker à proprement parler (on y trouve les épisodes soit avec sous-titres hardcoded, soit en raw), et le forum, où il existe une partie dédiée aux sous-titres (qui vont donc magnifiquement bien avec les épisodes en raw). Il y a sûrement des sites illégaux fonctionnant comme DramaPassion (qui en plus ne propose que des séries sud-coréennes, pas de séries japonaises à ma connaissance) mais je n’aime pas le streaming, donc j’avoue ne pas avoir les adresses. Si ça vous intéresse, je peux chercher, cela dit
    @Jujuleder : j’ai eu l’occasion de parler du pilote de Ray Donovan lors de mon deuxième #pilotmarathon si tu veux http://ladytelephagy.canalblog.com/archives/2013/06/23/27495311.html (et désolée de te décevoir, mais Devious Maids aussi a été abordé : http://ladytelephagy.canalblog.com/archives/2013/06/14/27403950.html , même si c’est pas une review à proprement parler ). Ca te fera peut-être un peu patienter !

  4. Jujuleder dit :

    Super merci lady.

    Désolé, ça m’avait échappé surement ou bien j’ai préféré tout oublier. Je suis pas un bon fan désolé :p

  5. ladyteruki dit :

    Hey, pas de soucis, c’est normal. 2000+ posts, tu peux pas tous les connaître par cœur

  6. Nyx dit :

    Super ! Merci beaucoup pour toutes ces infos (précieuses !). Je m’en vais de ce pas à la chasse aux séries .

  7. Mymy papote dit :

    Pour voir des dramas ou des animés japonais il y a « Anime-Ultime » ou « SKY-Animes ». On peut soit télécharger les épisodes, soit les regarder en streaming.

  8. akito dit :

    [Attention, spoilers] L’histoire m’a tenu en haleine, mais la fin m’a déçu. Avec toute l’histoire qu’on fait des parents catastrophés, de la recherche du bus accidenté qu’on ne trouve pas car on ne sait pas qu’il avait pris un autre itinéraire, puis qu’on trouve enfin mais qui reste inaccessible aux secours… En parallèle avec la progression des survivants dans cette forêt isolée de tout, même des réseaux de portable… (la route était donc si loin ?) Après un suspense palpable, croissant à chaque épisode et qui m’a un peu rappelé Battle Royale sous certains aspects (à ceci près que le but est de survivre mais pas forcément de tuer les autres), la fin occulte totalement le paroxysme de l’horreur et du désespoir qu’on attendait pour prendre presque une ambiance « happy end », pleine de bons sentiments – heureusement qu’il y a eu le crash pour que ces ados apprennent ce qu’est l’amitié – et de parlotte à n’en plus finir. Et un épisode de 30 minutes, c’est vite rempli. Le prof est certes transporté de joie de retrouver ses élèves survivants, mais on ne voit pas sa tête en découvrant la carcasse du bus où on n’a pas oublié que gisent une vingtaine de cadavres d’élèves et profs en décomposition. On en oublierait presque que toute une classe a été tuée dans un accident de bus. Le mot de la fin, quand même : « ça fait bizarre de se dire que la classe a disparu ». Tu parles.

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