Rhésus positif

20 février 2015 à 14:43

C’est qu’on a ses exigences. Désormais il m’est difficile pour ne pas dire impossible d’accepter de regarder une série si elle n’est pas en VO sous-titrée. Le problème c’est que le pilote de Polseres Vermelles, je le trouvais soit en VF (ewww !), soit en Espagnol sous-titrés anglais (hahahaha. Nope). Ajoutez à cela mon aversion profonde pour le streaming et ça devenait compliqué de s’y mettre. Quand en plus les remakes ont continué de s’empiler dans les résultats de mes recherches, j’ai commencé à me dire que ç’allait être de plus en plus la galère de réussir à regarder dans des conditions décentes le premier épisode de cette série catalane.
Mais à la condition de ne pas sauter sur la moindre version traduite 712 fois (une c’est déjà bien assez !), et de prendre mon mal à patience, qui à faire la review d’une série des années après avoir commencé à en parler, tout finit toujours par s’arranger. Bon, peut-être pas toujours. Mais dans le cas de Polseres Vermelles, oui. Alors cette review, la voici, même si en plus du reste elle a aussi dormi en brouillon dans mes tiroirs pendant plusieurs mois. Allez, cette fois, les astres sont alignés, alors go.

PolseresVermelles-650

Sortez les mouchoirs, Polseres Vermelles donne très vite la couleur, si j’ose dire, en nous avertissant rapidement : c’est une série sur des enfants dans un hôpital. Vous allez pleurer, que vous le vouliez ou non. Cherchez pas, c’est dans le contrat.
Fort heureusement vous allez aussi sourire, même si cet épisode d’exposition est assez conventionnel, voire même plutôt lent d’après les standards du genre.

Et pour vraiment garantir que les spectateurs regardant la série ne sont pas pris en traitres sur ce qui les attend, le premier thème principal de la série sera l’amputation d’une jambe pour l’un des jeunes héros (mais d’autres sujets, évidemment, sont d’ores et déjà évoqués comme autant de possibilités pour l’avenir, comme le fait que Christina soit anorexique ou que Roc soit dans le coma).

L’idée de départ, et qui sera répétée plusieurs fois pendant cet épisode inaugural, c’est que tout groupe d’amis est toujours composés des mêmes personnalités : il y a le leader, il y a celui qui aurait été le leader s’il n’y avait pas déjà un leader, il y a l’intello, il y a le beau gosse, il y a l’essentiel, et il y a la fille (qui n’a pas besoin d’avoir une caractéristique puisqu’elle est déjà une fille. Mais passons). Au terme de la première heure de la série, nous les aurons tous rencontrés de façon plus ou moins approfondie, mais ils ne sont pas encore devenus amis, certains ne se sont même jamais rencontrés.
C’est un choix d’exposition très lente, donc, qu’on nous propose, et ce n’est vraiment pas plus mal. L’accent est plutôt mis sur les personnages qui sont déjà mis en avant, leurs problématiques et leurs interactions, et on touche déjà aux choses sérieuses en la matière sans attendre que les autres les rejoignent. En fait ce simple choix est déjà la garantie que Polseres Vermelles veut éviter d’appliquer les codes de la fiction juste pour se montrer accessible, que la série a au contraire une idée en tête mais qu’il ne lui sert à rien de se précipiter, et que son aspect dramatique ne sera pas relégué au second plan pour des questions d’efficacité.
Dans une série dramatique, c’est plutôt osé ; dans une série pour la jeunesse, ça l’est encore plus.

Car Polseres Vermelles est bel et bien conçue comme telle, pour s’adresser en première intention à des spectateurs qui auraient l’âge de ses héros, parler leur langage, aborder leurs préoccupations. Des problèmes qui sont loin d’être superficiels, de toute évidence. Et même si on peut imaginer que des romances ne soient pas totalement hors de propos par la suite, ce n’est en tous cas pas le but premier de la série et c’est visible. Grandir en se sentant différent, grandir en étant différent, se trouver un groupe au sein duquel définir sa place et jouer son rôle (ou pas ?), se construire avec et malgré les parents, s’opposer aux adultes pour se sentir exister, définir son rapport à son propre corps, bien-sûr, sont quelques unes des nombreuses pistes qu’on sent, parfois de façon diffuse certes, dés ce premier épisode. En tous cas, les possibilités existent, elles sont là, partout, il n’y a qu’à se baisser pour ramasser.
Les adultes y sont bienvenus, naturellement, et on fera la rencontre de quelques parents dans ce premier épisode (et d’un grand-parent), ainsi que d’une poignées de soignants. Mais ils ont le rôle de tuteurs au sens botanique du terme : leur rôle est de soutenir les intrigues, qui tournent toutes autour des personnages les plus jeunes. Les spectateurs adultes ne sont donc pas refoulé aux portes de Polseres Vermelles, à condition d’admettre qu’il ne sera pas question d’eux, mais de leur rapport aux jeunes générations, de la façon dont ils soutiennent ou s’aliènent les adolescents. Mais puisque Polseres Vermelles s’adresse sans condescendance à ses jeunes spectateurs, en leur parlant de choses plutôt graves avec honnêteté, l’adulte n’a pas l’impression de voir un drama qui ne le concerne pas. Et il ne faut pas chercher beaucoup plus loin le succès phénoménal de la série catalane, dans sa région d’origine et au-delà.

Le potentiel de Polseres Vermelles est dû à son cadre unique, bien-sûr. En s’excluant des milieux habituels (écoles, cafet’, etc.) du teen drama traditionnel, en imposant une coupure d’avec le monde « normal » et ses distractions, bref : en créant une expérience où il n’existe pas ou très peu de diversions, la série garantit qu’elle peut vraiment parler de ses personnages pour eux-mêmes. La relative brièveté des saisons (une douzaine d’épisodes) permet aussi de ne pas dévier de la trajectoire initiale.
Alors, même quand les dialogues sont un peu simplistes, quand l’émotion semble courue d’avance (pardon), ou quand la réalisation n’est pas toujours épatante (quoique dans la moyenne haute des teen dramas), cette promesse de sincérité dans la démarche et dans le ton est salvatrice.

Les bracelets rouges ne sont pas prêts d’être posés : comme vous le savez, des versions italienne, américaine, péruvienne et allemande sont apparues (ou vont apparaître dans les prochains mois pour les deux dernières). Une adaptation australienne aurait un temps été à l’étude, mais le sort de sa comparse étasunienne a sûrement joué dans le silence assourdissant autour de la finalisation du développement. Résultat des courses, à mesure que je vais faire main basse sur ces pilotes, je vous en parlerai, maintenant que j’ai vu l’original…
Ah oui, parce que je vous ai pas dit : j’évite de regarder le remake si je n’ai pas vu au moins le pilote de l’originale (ça explique, au moins partiellement, pourquoi je n’ai pas encore testé The Mysteries of Laura : impossible de trouver des sous-titres pour Los Misterios de Laura). Je vous avais prévenu que j’avais mes exigences.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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